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MARTIN
RAPPENEAU - L'ÂGE D'OR ... (suite) Julien et son intro grandiose qui donne le diapason, le rythme enjoué de La sortie c’est par là avec son banjo accrocheur, l’élégance des Pieds sur terre, le tempo plus lent de L’âge d’or, Roméo meurt qui a des airs d’opéra de poche avec ses choeurs, voici justement de beaux exemples de ces titres d’une facture nouvelle. Il faut évoquer aussi les cuivres domptés de La poudrière, ceux plus sobres de Comment font les autres, les cordes délicates de Nos corps balancent et Ça m’est égal, Poupée russe qui s’avère un lien imprévu entre Michel Berger et Elvis Costello, le balancement de L’heure d’hiver qui évoque les jours qui filent, le raffinement de Plus d’excuses pas si facile que ça à siffloter… Même si Martin Rappeneau chante que « L’âge d’or a usé les illusions », lui-même veut transcender la pesanteur du passé. Il observe en souriant : « l’album démarre sur un sol mineur et se termine en sol majeur ! Je ne m’en suis aperçu qu’après-coup. Au final il y a donc une note d’espoir ! » Cette révélation confirme le parfum naturel et positif qui émane de L’âge d’or. Mélodiste stylé, Martin crée des antidotes à la déprime ambiante, des ballades positives et différentes qui sont comme des chansons en cinémascope. Sa voix est plus directe, moins volage peut-être. Son piano est l’instrument leader. Le chanteur le caresse et le frappe. Rythmicien et soliste, il y injecte ses larmes, ses joies, sa sueur, son sang, tout son « moi ». Les morceaux sont riches, ils renouvellent les codes prévisibles des groupes à guitare, ils accrochent l’oreille à la fois par leur confort d’écoute et leurs harmonies inattendues, comme si une sorte de sophistication évidente s’installait. Mais leur pouvoir de séduction vient aussi de la belle langue qui les irrigue, de ces mots choisis, comme par exemple ces deux lignes de L’âge d’or : « J’y vois le reflet sans équivoque / Des matières de mon époque ». Ces textes, écrits soit seul, soit avec l’aide de quelques plumes féminines (ses « sages femmes » comme il dit) font aussi partie de la lumière qui irradie ce nouvel album et qui illuminera les concerts où tout sera recréé, en compagnie de Martin Gamet et du fidèle Thomas Milteau à la batterie, à la manière d’un power trio de pop new look. Impossible de mettre une étiquette sur Martin Rappeneau… Outsider dans le paysage de la chanson, il n’appartient à aucun clan. On peut tout juste le rattacher à une génération, celle des trentenaires en herbe, et à la typologie quasi-pathologique des amoureux de la musique. Martin est un musicien viscéral, qui imitait Michel Jonasz à la perfection quand il avait quinze ans, qui a fait ses classes en apprenant à jouer par cœur 400 chansons de Cole Porter à Elton John (« j’étais un iPod vivant ! », s’exclame-t-il) lorsqu’il faisait du piano-bar dans des clubs des Halles ou des Champs-Elysées, et qui est toujours capable de se lancer dans une discussion sur Leon Russell ou Burt Bacharach, voire de se relever la nuit pour se remettre en tête un thème de Polnareff ou de Randy Newman… Les multiples collaborations de Martin Rappeneau, son intégrité, le label auquel il appartient, ses amitiés, sa générosité, son ouverture au monde, son classicisme empreint de modernité, voilà autant de preuves de son éclectisme manifeste et de sa volonté de décloisonner les familles musicales. Pascal Bussy
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