MARTIN RAPPENEAU - L'ÂGE D'OR ...

Deux ans ont passé depuis La moitié des choses, le premier album de Martin Rappeneau, réalisé avec la complicité de Sinclair et de Jean-Claude Ghrenassia. Pendant ce temps, notre homme a apprivoisé le « live » au fil de plus d’une cinquantaine de concerts, se révélant un showman énergique qui sait aussi manier l’humour face à un public qui n’en finit pas de grandir. Il multiplie les expériences, assure des premières parties pour Gad Elmaleh et Louis Chedid, invite à ses concerts des partenaires parfois inattendus comme Wallen, Camille, Sly la « human beat box » de Saïan Supa Crew, ou encore Marie Gillain, qui interprète avec lui une version habitée des Figures imposées, titre-phare de son premier disque.

Si Martin affirme que La moitié des choses était « une lettre à l’absente », il décrit son dernier-né, L’âge d’or, comme le journal de bord d’« un garçon à sa fenêtre, qui voit sa jeunesse s’évanouir, pendant qu’un super groupe de rock joue dans la pièce à côté »… Quant au titre, il fait référence aux époques glorieuses où les plus belles musiques ont été écrites. Opéra, école romantique, chanson, pop, tout a déjà été fait, et le poids de cet héritage peut se montrer envahissant. La pochette de l’album illustre cela : le visage penché, l’artiste écarte sa veste et dévoile, fataliste (mais pas trop…), un t-shirt à l’effigie de Beethoven.

Cependant les chansons se bousculent dans la tête de Martin. Marc Thonon le patron d’Atmosphériques lui suggère de partir pour Londres confronter ses idées à celles de Clive Langer, producteur héroïque de Madness et d’une poignée d’albums incontournables de la « brit pop » (Elvis Costello, David Bowie, Dexy’s Midnight Runners, Morrissey, Llyod Cole…). Il s’agit de donner au nouveau projet de l’amplitude et de la vigueur. Le courant passe tout de suite entre les deux fous de musique. Après quelques jours passés à répéter en petit comité, construire les rythmiques et esquisser les arrangements, l’enregistrement commence. Clive Langer ponctue chaque prise par un définitif : « it’s solid ! »

Pour achever de décrire ce casting franco-anglais inattendu, il faut citer Jean-Claude Petit impeccable arrangeur à qui l’on doit les plus belles années de Julien Clerc, et qui renoue ici avec la chanson pour signer les arrangements de cordes, le bassiste Martin Gamet vieux complice de Rappeneau, le guitariste Steve Donnelly devenu célèbre avec Suzanne Vega, le batteur Jeremy Stacey (Robbie Williams, Sheryl Crow…), ,sans oublier Dominique Blanc-Francard qui est un peu le garant d’une continuité sonore depuis le premier album. Et puis, Camille, qui non seulement assure les chœurs sur plusieurs titres, en co-signe un, mais qui a eu un rôle de guide en conseillant à Martin d’épurer sa façon de chanter, afin d’en augmenter, dit-elle, « sa puissance érotique »… Nous voilà au cœur d’une question cruciale, l’âme des chansons, leur « soul », cette idée de ne conserver que l’essentiel comme savent le faire les plus grands. Comme dit Martin, il y a deux sortes de chansons, celles qui sont « incarnées » et les autres.


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